KIM JUNGMAN

au Musée Cernuschi

Musée des arts de l'Asie de la Ville de Paris
Samedi 3 octobre de 20h à minuit. Entrée libre. Prolongation jusqu'au 18 octobre 2015

Nuit Blanche 2015, Paris

 

 
     

Kim Jungman, Pillars of East, 260 cm X 468 cm, Zhangjiajie, China, 2013

 
       
     
     

Kim Jungman, Pilgrim Yellow Mountain, 260 cm X 468 cm, China, 2014

 
         
       
     

Réalisation Taïs Bean

 
         
       
     

Vidéo KJM par Marco Tessiore

 
     

Kim Jung-Man 김중만, 金重晩

Né en 1954 à Ch'ŏrwŏn (Cheorwon)

La jeunesse de Kim Jung-Man est marquée très tôt par le dépaysement et un déplacement du regard. Adolescent, il suit en effet son père médecin jusque dans les banlieues rurales du Burkina Faso. Dans cette ancienne colonie française, il commence à apprendre en autodidacte la langue de Molière, ce qui lui permet peu après de rejoindre l'Hexagone. Il étudie la peinture à l'Ecole nationale supérieure des arts décoratifs de Nice entre 1974 et 1977. C'est pendant ce cursus qu'il découvre et commence également à pratiquer la photographie. Cette technique devient dès lors sa forme d'expression privilégiée et lui vaut une reconnaissance presque immédiate. Il remporte ainsi en 1979, lors de sa participation aux rencontres internationales de la photographie d'Arles, un prix récompensant les jeunes talents.

La carrière de photographe de Kim Jung-Man est marquée depuis par l'errance et a conduit cet artiste à parcourir tous les continents à la recherche de ses sujets. L'Afrique, à laquelle le lient sa jeunesse, mais aussi l'espoir paternel de voir ses créations servir ce continent, a notamment retenu régulièrement son attention, qu'il s'agisse de produire des clichés d'animaux sauvages, d'immortaliser des paysages ou d'organiser des opérations humanitaires.

Toutefois, c'est en Corée, où il revient s'installer en 1988, qu'il réalise l'essentiel du travail qui le rend célèbre et incontournable dans le domaine de la photographie commerciale et de la photographie de mode. Il devient rapidement le portraitiste privilégié des grandes célébrités issues des industries culturelles de la péninsule. Sa maîtrise des compositions, son goût du détail, son appétence pour les poses sobres ainsi que pour l'emploi privilégié d'un noir et blanc chaleureux et élégant mettent ainsi en valeur plusieurs générations de chanteurs et d'acteurs.

En 2006, Kim Jung-Man rompt avec cette situation confortable et réoriente radicalement sa carrière pour la consacrer à une production artistique déconnectée du système de commandes dans lequel lui et son atelier, le Velvet Underground Studio, évoluent. Ce virage professionnel s'accompagne de la volonté nouvelle d'explorer une identité coréenne et asiatique, que ce soit sur le plan technique, par exemple par le tirage des clichés sur papier de mûrier hanji, ou thématique. En témoignent de manière particulièrement forte la série des hanbok et celle intitulée East.

Lors d'une séance de photographie de mode, Kim Jung-Man découvre l'attrait qui se dégage de ses modèles vêtues d'un habit féminin traditionnel (hanbok). Cette révélation de la beauté, qui fut celle de générations de femmes, de mères et de grand-mères coréennes, le bouleverse. Il s'emploie dès lors à magnifier la dimension esthétique et poétique de cette tenue, mais aussi à en explorer la sensualité, et parfois l'érotisme. Ce travail s'inscrit délibérément dans la continuation et l'exploration d'un passé autochtone, comme le soulignent parfois l'emploi de tons sépia et les références récurrentes aux peintures volontiers licencieuses de Sin Yunbok 신윤복, 申潤福 (vers 1758-après 1813).

Les panoramas de East, monumentaux par leur taille et leur style, constituent, quant à eux, un travail centré sur la définition d'un paysage extrême-oriental. Celle-ci passe pour partie par l'immortalisation de multiples lieux majeurs d'une culture géographique, spirituelle et esthétique largement partagée dans cette région du monde. Elle est enrichie par la réinterprétation de la tradition picturale chinoise, japonaise et coréenne. Kim Jung-Man, ancien peintre, parvient en effet à superposer à la réalité physique des lieux photographiés les strates successives de leurs interprétations plastiques et à inscrire ainsi ses sujets dans la lignée d'une tradition artistique dont il est, parmi d'autres, l'héritier.

Maël Bellec
Conservateur du département arts graphiques
et archéologie chinoise
Musée Cermuschi, Musée des arts de l'Asie
De la ville de Paris

 
         
       
     

Promenade, 184cm x 140cm, 2014

 
         
       
     

Les Femmes de Shin Yunbok III, 184cm x120cm, 2014

 
         
       
     

Costume of Wind, 184cm x 128cm, 1996

 
         
   

© text

 
     

Mademoiselle Yukyung, 180cm x 135cm, 2011

 
     

« Hanbok »

Kim Jungman travaille sur cette série depuis plus de dix ans. C'est en plein shooting pour la maison Chanel avec des mannequins vêtus de hanboks, qu'il prend conscience que ce vêtement traditionnel constitue la véritable image de la Corée. Sous la dynastie Lee (1392-1910), les rois coréens ont imposé un confucianisme drastique.

Chacune des classes de la société coréenne était reconnaissable par sa façon de porter le hanbok traditionnel, notamment à l'occasion des mariages et des funérailles. Au-delà de la photographie de mode, Kim Jungman explore, la complexité et la diversité de ce costume traditionnel en le confrontant au monde contemporain et en immergeant le spectateur dans l'histoire de la Corée.